LE MUSTANG D’ISOLELLA .

Méditerranée, Corse, presqu’île ISOLELLA, plage du Ruppione … L’air prend ici un goût de sel, à l’évocation de ces lieux l’imagination part à la recherche de quelques trésors engloutis perdus du temps des barbaresques, voir de galions anglais ou espagnols… C’est possible ! Mais là entre les rochers acérés de granit rouge affleurant, sur un fond d’un sable blanc, en grande partie recouvert, point de métal réellement précieux mais un alliage d’aluminium en plaques rivetées témoin inestimable de l’Histoire de la Seconde Guerre Mondiale. En effet la Corse, véritable porte avion immobile, fût le théâtre de nombreux combats aériens, de crashs en mer d’aéronefs dont les épaves constituent aujourd’hui d’émouvants témoignages. Ces tôles tordues, broyées gardent la mémoire de jeunes équipages ou de pilotes ayant sacrifiés ou risqués leur vie à la conquête de nos libertés. 05 JUILLET 1944, une flèche d’argent vibrante suivie d’une trainée de fumée aux volutes noires déchire le ciel azur, frôle les quelques toits des habitations de la presqu’île ISOLELLA et plonge vers la mer limpide … Le sous-lieutenant Donald Taylor dit « DON », basé à San Severo dans les Pouilles Italiennes, s’apprête à effectuer sa quatrième mission au sein du 309th Fighter Squadron appartenant au 31st Fighter Group rattaché à la 15ème armée de l’air US. « DON » a rejoint en mars 1944 le « théâtre méditerranéen des opérations », il est âgé de seulement 22 ans et pilote d’avion de chasse depuis quelques mois. C’est un bleu, un « rookie » mais il vole sur un avion, aujourd’hui considéré comme mythique, le P51 Mustang. Le P51 Mustang est un avion de chasse américain conçu par North American Aviation développé pour répondre au besoin urgent de chasseurs supplémentaires des Britanniques en 1940 pendant la bataille d'Angleterre. D’une grande finesse aérodynamique dans sa version équipée du moteur Packard V du constructeur britannique Rolls Royce Merlin c’est probablement le meilleur chasseur du conflit. La puissance délivrée par ce dernier est de 1 700 ch propulsant les 4T de l’avion à la vitesse maximale de 700 km/h. Son rayon d’action peut atteindre les 1 800 km. D’une envergure de 11,3 m pour une longueur de 9,8 m il peut voler à une altitude de 11 000 pieds avec une vitesse ascensionnelle de 700 m/min. Armé de 6 mitrailleuses Browning de 12,7 mm, pouvant recevoir sous ses ailes 900 kg de bombes ou 10 roquettes de 127 mm le P51 Mustang est redoutable. Il fût produit à plus de 15 000 exemplaires, cet appareil devient l'avion d'escorte accompagnant les grands raids de bombardiers au-dessus de l'Allemagne Nazie. Au début de l'année 1944, les P51 ont été déterminant dans l'obtention de la suprématie aérienne dans le ciel européen. En ce matin de juillet, lendemain des festivités de l’Indépendance des Etat Unis, le sous- lieutenant « DON » rejoint le briefing de l’opération : assurer l’escorte d’un groupe de bombardiers B24 Liberator portant la fureur et le feu à délivrer sur la gare de triage de Béziers en France occupée. « DON » n’a pas encore d’appareil personnel, il pilote le P51 immatriculé WZ-I dont l’aviateur habituel est resté au sol. Les bombardiers disposant d’un rayon d’action de 3 400 km leur escorte devra, elle, effectuer un ravitaillement sur l’aéroport d’Ajaccio Campo d’el oro avant son retour à la base. Malgré l’action de la terrible FLACK et en l’absence de la Luftwaffe, la mission elle-même se passe sans encombre, les tonnes d’explosifs sont larguées délivrant la destruction et affaiblissant toujours un peu plus la bête. Ainsi une phalange d’une douzaine de Mustang P51 rugissants et rutilants de reflets éblouissants se pose sur la base de Campo à Ajaccio. Les zincs en effet arborent une simple robe argentée brillante, lustrée, soulignée par les couleurs criardes des dérives. Depuis la maîtrise effective du ciel ils ne craignent plus vraiment d’être vu… Entre les Spitfire confiés par à la RAF à des pilotes français basés à Ajaccio, quelques vérifications visuelles et les pleins des réservoirs des Mustang sont faits. « Take off ! Take off ! » C’est le décollage de Campo d’el Oro en cette fin d’après-midi. Le ciel est azur, un vent d’été léger, les îles des sanguinaires à l’ouest commencent tout juste à se parer de leurs couleurs sanglantes avec ce soleil déclinant. Le sous-lieutenant Donald Taylor est le dernier à s’élancer et à quitter la piste par une courbe ascensionnelle sur sa gauche. Soudain à 400 pieds, bien trop bas, l’instant se fige, le pouls s’accélère le moteur vient de lâcher… Les réflexes de la formation prennent le dessus sur la peur panique : retour piste ? Impossible ! Saut en parachute ? Trop bas ! Zone de posée ? Reliefs escarpés, boisés, les réservoirs pleins… Largage des bidons supplémentaires, de la verrière, « Don » n’a pas d’alternative : l’amerrissage ! La mer est quelque peu agitée et la prise d’air béante du moteur Rolls Royce bien visible sous le fuselage limitent les chances d’un réel « glissé » sur la surface de l’eau... Une barre de roches et de maquis barrent presque l’horizon c’est la presqu’île l’Isolella ! Couleur brique : les toits des maisons, du vert : le maquis, du bleu la mer … très vite un choc violent, dévastateur. L’avion rebondit, tourne sur lui-même, rebondit, flotte un instant et disparait dans une myriade de bulles d’air. Bien que blessé à la tête et entrainé par son avion « Don » parvient à gonfler son gilet, à saisir le canot de secours « dinghy » en percute la bouteille d’air comprimé et dans un dernier effort se hisse à son bord. Flottant à plusieurs centaines de mètres de la côte devant la plage du Ruppione, un soldat français vient au secours de l’aviateur. Pour son bonheur une école d’infermières est à proximité, il reçoit rapidement les premiers soins. L’entaille à la tête est superficiel, une semaine plus tard le sous-lieutenant Don Taylor reprend du service et effectuera… cinquante-sept tours d’opération pour terminer la guerre comme flight-leader. Aujourd’hui par 20 mètre de fond se trouve toujours le Mustang P51 WZ-I, cet équidé sauvage symbole de liberté et de grands espaces invite le plongeur au côté de « Don » à revivre l’expérience dramatique d’un crash en mer.

 source:     http://www.wmaker.net/ARASM/

 Association pour la Recherche Archéologique 

                           Sous-Marine.

HISTOIRE DE L'EPAVE DU P-51 DE L'ISOLELLA