Dans ce monde aquatique qui n’a rien de silencieux mais tout de mystérieux, sculptés par le néoprène sombre de nos combinaisons, nous pénétrons l’élément liquide. Armés d’acier par de lourdes bouteilles d’air comprimé, comme des chevaliers approchant la tanière d’un dragon, c’est avec fascination que nous partons à la découverte d’un autre monde. Les bulles d’air s’échappant des détendeurs créent de grandes draperies chromées transpercées par les rayons du soleil. Dans un ballet en trois dimensions sous les hourras et les cabrioles des poissons, nous nous invitons dans le palais de Neptune. Ressens-tu encore la pression sur le masque de verre et de silicone, le goût de sel aux commissures de tes lèvres ? Au fond, dans le vert des posidonies, des roches blanches se découpent, à la faveur des courants, de temps à autres, les écailles brillantes des Sars jettent des flashs qui attirent notre regard: richesse étincelante éphémère et insaisissable.

De quelques coups de palmes nous rejoignons la carlingue d’un vieux chasseur de la dernière guerre, le bleu du ciel remplacé par celui de la mer ajoute une touche de grandeur, d’exploit héroïque dont seules les pièces de métal enchâssées dans les éponges et les algues ont gardé le souvenir. La violence du choc se lit encore sur les éléments tordus et épars, l’aigle abattu et englouti impose le respect. D’un mouvement de nageoires et avec beaucoup de classe un mérou brun aux tâches presque fluorescentes prend ses quartiers sous l’aile protectrice de l’épave.... à Calvi Corse

                                                                                      Texte Alain Touzet          Photo Pierre-jean Micaelli

 

Epave