Le Naufrage du Zouave, Bastia 1873

Le navire, le naufrage : Source Naufrage en corse fascicule 12 J-P Joncheray

Frère du Kabyle et du Sahel, le Zouave a navigué 17 ans. Bernard Bernadac, dans son Histoire de la Compagnie de Navigation Mixte nous raconte sa carrière : « Le deuxième frère, baptisé le Zouave, est lancé en 1856 par les mêmes constructeurs. Gréé en goëlette, le Zouave, navire en fer à deux ponts et une hélice, a une jauge brute de 705 tonneaux, il peut porter 355 tonnes de marchandises. Ses dimensions sont les suivantes : longueur hors tout 55,84 mètres pour une largeur de 7,92 mètres et un creux de 5.39 mètres. Son équipage est composé de 25 hommes. Sa machine, construite par les Forges & Chantiers de la Méditerranée à La Seyne-sur-Mer en 1856, est à deux cylindres verticaux, transformée pour utiliser les vapeurs combinées. Elle a une puissance de 180 chevaux pour une vitesse de 10 noeuds (1). En 1861, Alphonse Daudet voyage à bord du Zouave. Plus tard, il fera épistolairement voyager son héros Tartarin de Tarascon à bord de ce même navire. Dix-sept ans après sa mise en service, le 30 décembre 1873, le navire fait naufrage près de Bastia et ne pourra être récupéré ». Cent onze ans plus tard, le 13 février 1984, dans le journal Nice-Matin un article de J.P. Girolami : «30 décembre 1873 : le Zouave sombre en quinze minutes, son ancre vient d'être repêchée dans le vieux port. « L'ancre gigantesque, repêchée à quelques encablures de la jetée du Dragon par des plongeurs sous- marins, appartenait au Zouave qui avait fait naufrage devant Bastia le 30 décembre 1873, alors qu'il sortait du vieux port de Bastia « Ce navire de la Mixte portait les couleurs de la Compagnie Fraissinet à la suite des accords passés entre les deux Compagnies sur l'exploitation commune des lignes de Corse. «Si la plupart des vies humaines ont pu être sauvées, l'infortuné Capitaine Guisolphe, commandant le Zouave, considéré comme un brillant marin sur la place de Marseille, a payé de sa personne.

Sans son habile manoeuvre et son sang froid au milieu d'un si grand émoi, combien serait plus grand le nombre des victimes », écrit le Capitaine Bassères, second du Zouave. Le vapeur est arrivé à Bastia dans le vieux port le 29 décembre au matin. La brise est faible et le navire accoste sans difficulté. On débarque dépêches et passagers. A 18 heures tout est terminé, le Zouave doit lever l'ancre à 22 heures. Or, vers 21 heures, au moment où les voyageurs ont pris place à bord, M. Bastiani, ancien capitaine chargé par la Compagnie des mouvements de ses marins dans le port, vient prévenir le Commandant que le temps ne permet pas d'appareillage. Les vents du Nord et la mer grosse rendent la passe impraticable, les passagers sont mis à l'abri dans le faux pont avant. A 3 heure 30, dans la nuit du 29 au 30 décembre, le Capitaine Bastiani revient à bord dire au Commandant Guisolphe que le vent est tombé. Le navire est prêt à 5 heures, mais on attend 6 heures 15 pour partir. Le Capitaine Bassères reçoit l'ordre de filer les amarres derrière et de mettre la barre à droite. Quelques secondes après, l'ordre est de larguer derrière et de mettre bâbord. Peu après, l'ordre donné est : « Droit ! » Le navire prend une certaine vitesse par la machine lancée. L'avant se présente bien dans la passe. « Bâbord tout ! » ce qui est fait en une seconde. S'apercevant que le bâtiment vient très lentement sur babord, le commandant Guisolphe répète plusieurs fois : « Bâbord tout ! ». A son poste près du timonier, le second répond que la barre est complètement à bloc. C'est alors que survient le drame. Un courant sous- marin ? Une rafale de vent ? « Toutes les précautions en faveur de la réussite de la maneuvre ont bien été prises, tant à l'arrière qu'à l'avant », consigne le second du Zouave, rescapé du naufrage... En venant lentement sur bâbord, le navire cogne ses flancs de tribord sur la jetée du Dragon. Le second raconte : « Le premier choc a lieu par le travers de la machine 

causant un grand ébranlement à  la coque à la mâture. Dans la coque une ouverture béante. Instantanément, le premier mécanicien monte sur le pont et prévient que les feux sont éteints par l'invasion de l'eau et que la machine ne fonctionne plus. Le sacrifice est consommé. Il ne faut plus songer qu'à sauver les passagers et l'équipage. Le commandant donne l'ordre « Tribord tout » et d'établir le grand foc de la misaine. Ce qui est fait en un clin d'ail. Continuant son abattée sur tribord, le bâtiment encaisse plusieurs chocs à l'arrière, évitant la jetée. Derrière on amène les embarcations où prennent place des passagers, le mousse, le novice et un matelot pour diriger. Très vite, le navire s'enfonce à vue d'ail et menace de manquer bientôt sous les pieds. Le second, sur ordre du commandant, fait débarquer la chaloupe et le grand canot. On fait monter des bouées de sauvetage sur le pont. Mais le temps manque. L'eau gagne à grande vitesse, sur la passerelle le capitaine Guisolphe dit au second : « Encore dix minutes et nous serons tous sauvés... » L'arrière du navire disparaît déjà à une rapidité effrayante. Le second entend, une voix qu'il prend pour celle du commandant, crier : « Dans la mâture ! » Il est temps. La mer enlève tout sur son passage et menace d'en- gloutir l'équipage et les passagers. Au moment où les flots vont emporter la passerelle, le Capitaine Bassères plonge. Il sera recueilli par un youyou. Trois malheureux se débattent en buvant la tasse. On les hisse à bord. A cet instant, des embar- cations, les unes du port, les autres de la baie, se portent sur les lieux du drame. Ainsi des grappes humaines accrochées à des épaves comme à la mâture pourront être sauvées. Le Zouave s'engloutit devant la passe. Le naufrage aura duré quinze minutes. Signalant le courage de la Gendarmerie de Marine, du Capitaine Castelli, de l'embarcation des Douanes, du pilote Oliva, le second écrit : «Merci aussi à la population de Bastia si bienveillante pour nous tous; son empressement à nous porter secours prouve combien elle est bonne et généreuse ». Un vapeur a été aussitôt dépêché par la Compagnie Fraissinet pour assurer la continuité du service. Les compagnies d'assurances ont envoyé un officiel pour procéder, si possible, au sauvetage de l'épave. Le Zouave ne pourra être remis en état et son épave sera démolie. Témoin rouillé du drame, l'ancre retrouvée est exposée à l'Ecole de Marine de Bastia ».

(1) Le Zouave était doté d'une machine dite « à vapeurs combinées », selon les plans de l'ingénieur Du Tremblay : un système génial et explosif, à l'origine de la perte de plusieurs navires de la compagnie. Dans cette machine, un piston était mů, Classiquement, par de la vapeur d'eau, en provenance de la chaudière, et un second piston était mû par de la vapeur... d'éther, en provenance d'un échangeur de température situé au niveau du condensateur de vapeur d'eau. Chaufferie et machines étaient séparées, et l'équipage utilisait des lampes de mineurs ! Le gain de combustible atteignait 75 %.

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Publicité de 1856 

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Le Zouave, d'après un dessin de B Bernadac

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Alfonse Daudet Tartarin de Tarascon voyage a bord du Zouave

Le Kabyle frère du Zouave

Le Kabyle frère du Zouave

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L'ancre du Zouave, lycée maritime de Bastia