HISTOIRE DE L'EPAVE DU B-17 DE CALVI "HER DID"

La baie de Calvi, cernée de sable fin doré, par sa rondeur presque irréelle semble être l’anneau précieux de la citadelle Génoise qui perce l’horizon.

Ses remparts aux lignes dressées vers le ciel azur dans ce paysage de granit ne peuvent en effet qu’attirer le regard et inviter à l’aventure aux temps des raides barbaresques mais aussi à celui bien plus récent, mais pas moins dangereux, de la seconde guerre mondiale.

 

En effet, en 1944 au pied des montagnes Corses où même l’été quelques plaques de neige restent visibles malgré les rayons ardents de ce soleil si méditerranéen se cache des pistes de terre, de plaques PSP (Réf.01) et d’asphalte de longueurs limitées qui s’ouvrent sur les premières pentes du sommet caractéristique de la Plagia Orba. Leur emploi en est particulièrement délicat même pour des pilotes chevronnés.

 

Ces lieux à la beauté coupant le souffle, marquant à jamais le visiteur, dans ses odeurs de ciste et d’immortelles ont été le cadre d’une page d’Histoire dramatique, celle d’un équipage de jeunes hommes aux commandes d’une « Flying Fortress » à la reconquête de nos libertés. 

 

Des photographies anciennes et quelques livres nous entrainent au côté de la forteresse volante américaine dénommée « HER DID » portés par une brise au goût de sel. Le 14 février 1944 ce bombardier lourd d’acier et d’aluminium après une manœuvre désespérée amerrie violement au pied la citadelle de Calvi puis fût engloutie par les flots cristallins de la méditerranée.

 

Ce n’est que le 11 novembre 2012 lors de la cérémonie commémorative de l'armistice de 1918 que fut dévoilé en présence l'ambassadeur des Etats-Unis Charles H. Rivkin la plaque en hommage aux soldats américains morts à bord de ce B17 sur les remparts face à la mer et à l’épave engloutie.

Elle était initialement immergée et apposée sur la carlingue du bombardier. Faisant l’objet de convoitise de la part de plongeurs peu respectueux, elle fût remontée à la surface et conservée quelques temps à la station océanographique de STARESO toute proche.

 

C’est donc là, sous la surface à la dentelle blanche mouvante, par - 28 m que se trouve l’épilogue de l’aventure tragique du B17 G N° 42-31044  « HER DID».

 

 

Checklist et verification terminées: « Take-off, Take-off!! ».

 

Le 97th Bomber-Group, unité 15th AF aux soutes remplies de bombes, s’élève bruyamment et pesamment de la piste de Foggia en Italie en ayant pour mission de neutraliser la gare de triage de Vérone.

 

Les bombardiers similaires au « HER DID » ont été produits par Boeing de 1936 à 1945 à plus de 12 000 exemplaires. D’une Longueur de 23 m pour une envergure de 32m avec un poids de près de 25 T ils pouvaient larguer jusqu’à 4 T de bombes dans un rayon d’action supérieur à 3 000 km en disposant d’une vitesse maximale de 460 km/h apportée par 4 moteurs Wright de 895 kW chacun.

 

La présence de 13 mitrailleuses de défenses Air/Air et la nécessité de disposer d’un équipage de 10 membres leurs ont données le surnom de forteresse volante. 

 

En vol à 21 000 pieds au côté son leader, la formation du « HER DID » intègre à un important dispositif de combat comprenant, outre les formations de bombardiers, des chasseurs P47 en protection. L’ensemble se dirige déterminé en direction du nœud ferroviaire de Vérone.

 

A l'approche de l'objectif, les formations effectuent un mouvement de rotation plus marqué pour corriger l’angle d’attaque final. Les avions positionnés à l'extérieur, et tel est le cas du « HER DID », doivent augmenter leur vitesse en vue de rester groupés et légèrement s’écarter pour éviter tout risque de collision. 

 

Cependant le chargement de bombes et le poids du kérosène nécessaire au vol de retour ne permettent pas au B17 d’accélérer suffisamment et de se fait il se retrouve quelque peu isolé.

 

La chasse allemande est à l’affût. Comme une meute prête à en découvre, elle se jette sur les éléments les moins protégés en marge de la formation principale. Les ME 109 arrivent de l'arrière, à courte distance, dardant les tôles de projectiles destructeurs et mortels. 

 

La situation du « HER DID » en quelques instants devient dramatique avec 2 moteurs en feu et un troisième s’étouffant. Les salves ennemies arrachent net la tourelle supérieure de défense et neutralise celle de l’arrière. L’opérateur-radio, le mitrailleur de sabord sont morts et celui de l’arrière n’a plus que la force d’informer par l’interphone de son agonie. Le mitrailleur ventral blessé continue pourtant une action de défense héroïque. Il ne reste plus grand chose à faire, sinon s'accrocher aux commandes. Cette situation d’urgence absolue impose de larguer immédiatement les bombes ... Une nouvelle rafale impacte violement la soute de largage, celle-ci vide n’explose pas !

 

Soudain, un ME 109 pensant sa proie sur le point de fléchir a l’idée saugrenue de s’approcher. Immédiatement, le navigateur du B17 dirige ses deux 50mm de la tourelle de pointe sur lui et le crible d'impacts. L'appareil allemand plonge en dégageant un long panache de fumée noire, tandis que des P47 américains arrivent bien à propos en appui et stoppent l’engagement.

 

Après une rapide analyse de la position de l’appareil et la consultation des cartes le navigateur donnent un cap au pilote pour tenter de rejoindre la Corse et plus particulièrement l’une des trois pistes de la plaine de Calvi.

 

Là, un appel à la tour de contrôle informe l’équipage que la longueur de la plus importante piste est limite pour recevoir un appareil endommagé de cette envergure. Bien qu’ayant deux moteurs HS, un premier passage est effectué pour évaluer la longueur du terrain. 

Se retrouvant de nouveau au-dessus la mer, le pilote effectue au jugé son approche finale lorsque le troisième moteur s'arrête brusquement. Sans puissance suffisante, à ce moment critique de l’approche et en perte immédiate d’altitude, l’amerrissage est inéluctable !

 

Le B-17 touche les flots face à la citadelle de Calvi. L'avion ne se casse pas permettant pendant les quelques minutes de flottaison d’évacuer l’équipage hormis les 2mitrailleurs et le radio tués durant l'attaque.

Rapidement un bateau de « rescue » dépendant de l'Air Sea Rescue Britannique rejoint l’équipage dans le radeau de sauvetage et les marins offrent du rhum aux rescapés… à l’unique condition de ne pas avoir de blessure interne !

 

 

Aujourd’hui l’épave repose par - 28 m. L'avion malgré l’impact était initialement intact. A l'occasion de tentatives de renflouement, pour récupérer notamment l’aluminium de la carlingue, la partie arrière s’est désagrégé et repose bien  plus à l’Ouest. Le toit du cockpit lui a été arraché par une ancre des années après. Peu à peu la carlingue subit l’outrage du temps et le passage des plongeurs.

 

On peut observer le poste de pilotage sans le « nez » vitré qui a totalement disparu, les deux sièges avec leur plaque de blindage, quelques commandes restantes et palonniers. 

 

Le fuselage s'arrête après l’enracinement des ailes, l'ouverture permettant d’accéder à la soute à bombes. Les ailes sont intactes supportant encore les 4 moteurs sans la plupart des hélices, les pales restantes pliées témoignent de la violence de l’amerrissage.

 

Deux moteurs sont affaissés permettant de voir des détails du moteur tel que les carters en étoiles des pistons, les départs d'échappement etc. Ponctuellement des ouvertures laissent apparaître les tuyaux hydrauliques, les câbles. Sous la lumière de puissants phares les éponges encroutantes et autres organismes fixés révéleront une multitude de couleurs d’un bleu profond au rouge écarlate.

 

L’épave est habitée par des apogons, des serrans, labres, sars et par Marie la murène dans le premier moteur droit, quelques langoustes bien téméraires peuvent être aperçues.

 

Le gouvernement des Etats-Unis a fait la promesse à chaque membre de ses forces armées que personne ne serait oublié. C'est pourquoi il est déployé partout dans le monde des missions afin de ramener « at home » leurs héros disparus.

Ainsi dans les années 70 des restes humains ont été recueillis et plus récemment, en novembre 2012, les scaphandriers de l’USS Grapple ont tenté sans succès de retrouver le Sgt Tony Duca mitrailleur arrière dans ou proche de l'empennage détaché des éléments principaux de l’épave.

 

La liste des membres d’équipage s’énumère ainsi :

 

Pilote

S/Lt Frank G. Chaplick

 

Copilote

Ward H. Skaggs

 

Navigateur

Thomas M. Cowell

 

Bombardier

Armand C. Sedgeley

 

Radio

T/Sgt Robert H. Householder  tué

 

Mitrailleur tourelle dorsale

T/Sgt Frank E. Bradley

 

Mitrailleur arrière

S/Sgt Tony Duca    Tué 

 

Mitrailleur tourelle ventrale

Orville F. Grilliot

 

Mitrailleur sabord gauche

S/Sgt George J. Murphy  Tué 

 

Mitrailleur sabord droit

S/Sgt Joseph P. Baron

 

Cette mission dramatique fût la dernière pour le sous-lieutenant Franck Chaplick pilote du B17,  démobilisé il termina sa carrière dans l’aviation civile comme contrôleur aérien avant de s’éteindre paisiblement en 2003. En quelques clics sur internet il est possible de trouver quelques photographies de Franck Chaplick, de sa sépulture aux USA…

 

De nombreux clubs de plongée sur Calvi proposent la découverte de cette épave, pour les plus téméraires et motivés elle peut se faire en partant du bord, du parking au pied de la Citadelle après le port de commerce.

 

Cet article est basé principalement sur des entretiens, les livres, les documents et les travaux méticuleux de Philippe Castellano, de Dominique Taddei, de Marc-François Casanova des passionnés passionnants, qu’ils en soient sincèrement remerciés.

 

(réf.01 : Les plaques PSP Pierced Steel Plankin, plaques en aciers perforées, étaient utilisées pour construire rapidement les nombreux terrains utilisés par les forces aériennes américaines sur tous les théâtres d'opération de la Seconde Guerre mondiale source wikipédia)

 

 Sur la photo de l’équipage prise après le crash 

Equipage Toujours de Droite à Gauche :

 

Sans le béret : S/Lt (sous-lieutenant) Frank G. Chaplick, Pilote

               S/Lt Warder A. Skagg, copilote

               Sergent (sgt) Orville F. Grilliot, mitrailleur ventral (tourelle boule)

               S/Lt Armand C. Sedjeley, bombardier

               S/lt Thomas M. Cowell, navigateur

En arrière entre pilote et copilote : T/sgt (Sgt technique - technical sergeant -) Frank E. Bradley, mécanicien/mitrailleur de tourelle supérieure.

            

Il manque sur le cliché : 

 

- le T/sgt Joseph P. Baron, mitrailleur de sabord très sérieusement blessé (à l'hôpital de Calvi depuis l'amerrissage puis hôpital en Italie et rapatrié aux USA).

 

- Les sergents Murphy (mitrailleur de sabord et Robert H. Householder (radio) tués, ont coulés avec l'avion. Les restes de leurs dépouilles seront identifiés dans les années 60 par les services d'identification américains) 

 

- Seul le sgt Tony Duca, mitrailleur de tourelle de queue, est définitivement porté disparu par une cause terrible... celle de l'essai de récupération de l'épave après la guerre par une équipe corse, qui brisa l'appareil en trois parie (l'avion se posa intact sur la mer) pour en vendre la ferraille. La queue de l'avion (endroit où se trouvait le sgt Duca a été traînée puis abandonnée à moins de 400 mètres dans l'ouest de l'épave (queue retrouvée dans un état catastrophique avec impossibilité de découvrir le moindre reste humain.

 

 source : www.aero-relic.org

Epave B17 de Calvi corse